Le temple authentique où doit être adoré l’Éternel, ainsi que le rappelle Jean-Baptiste Willermoz, est un temple purement spirituel, c’est une demeure sainte non idolâtre, c’est le Sanctuaire des « enfants de Dieu » provenant de la postérité de Seth qui respecte les décrets de l’invisible et révère la « Loi divine »…

      Au cours des siècles, la Vérité devint un mystère réservé, et elle ne subsista que maintenue et conservée seulement par quelques hommes justes. Ces justes, pour préserver la Vérité de la profanation, firent venir à eux des hommes droits de cœur prêts à se sacrifier pour elle. La voie de la fidélité et de la droiture du cœur reste donc, aujourd’hui comme hier, encore et toujours, l’unique chemin pour parvenir à la Vérité.

      Pourtant, par delà les aspects décrivant la corruption de la « Science spirituelle » sous l’effet des multiples profanations superstitieuses accumulées au fil du temps, est mis en lumière un point saillant, essentiel même, expliquant ce que devra être la fonction propre du Régime Rectifié au sein de la Maçonnerie, but qui était également celui des Élus Coëns, à savoir « purifier » et redresser l’initiation dégradée et corrompue pour la ramener vers la pureté perdue de l’institution divine  : l’initiation se divise en deux branches, une initiation instituée divinement s’étant maintenue à travers les âges, une autre ayant été malheureusement altérée, à présent déviée et corrompue, à l’origine de l’idolâtrie et des voies faussées.

      On retiendra enfin, de sorte de mieux comprendre le sens propre contenu dans la notion, essentielle, de « double postérité », qu’Abel fut une figure du Christ, comme Caïn fut celle du démon :

      « Abel, qui avait fait le type des mineurs préposés pour la manifestation de la justice divine, faisait aussi le véritable type du Messias. Nous reconnaissons cette vérité par les opérations de tous les mineurs élus qui ont exercé leurs puissances et leurs vertus spirituelles parmi les hommes des siècles passés, et qui les opèrent encore parmi les hommes d’aujourd’hui. Ces mineurs élus depuis Abel et Énoch sont Noé, Melchisédech, Joseph, Moïse, David, Salomon, Zorobabel et le Messias. Tous ces sujets préposés pour la manifestation de la gloire divine, font le nombre complet dénaire spirituel divin, duquel toute chose, tant spirituelle que matérielle est provenue […] Abel a fait la véritable figure des opérations du Christ ; de même que vous avez vu Kaïn figurer véritablement les opérations du prince des démons. » (Traité, § 89).

      Il en résulte une conséquence fondamentale pour toute les conceptions doctrinales qui tentent de poser un discours théorique sur la notion de « Tradition » initiatique, c’est que les deux cultes de Caïn et Abel ont donné naissance à deux « Traditions » ennemies, l’une en raison de son rejet de la voie sainte et sacrée dite « apocryphe », l’autre, par sa piété et sa révérence humble vis-à-vis de l’Éternel de nature « non-apocryphe ». De la sorte tout sépare et oppose au cours de l’Histoire ces deux « Traditions », qui sont en lutte incessante, expliquant pourquoi il ne peut y avoir de conciliation entre ces deux « voies » antagonistes.

      On doit donc être très vigilant sur le plan spirituel, ceci impliquant une parfaite connaissance des critères religieux propres à chacune des « Traditions », afin de ne point se laisser entraîner vers les domaines issus de la tradition réprouvée de Caïn, faute de quoi on risque d’être conduit vers des horizons très éloignés de la véritable initiation.

      Le temple authentique où doit être adoré l’Éternel, ainsi que le rappelle Jean-Baptiste Willermoz, est un temple purement spirituel, c’est une demeure sainte non idolâtre, c’est le Sanctuaire des « enfants de Dieu » provenant de la postérité de Seth qui respecte les décrets de l’invisible et révère la « Loi divine », postérité dont la vocation est céleste et la vraie patrie située parmi les êtres spirituels au sein de l’immensité divine :

      « Le temple d’Énoch est tout spirituel, il n’a élevé aucun édifice matériel. Il n’a eu pour objet que d’instruire la postérité de Seth de la loi divine qui commençait à tomber dans l’oubli parmi cette postérité appelée « enfants de Dieu », et en cela il fait allusion aux êtres spirituels divins de l’immensité divine qui ne prennent aucune part au temporel [1]. »

Le Phénix Renaissant, « La Tradition éternelle divine ‘‘non-apocryphe’’ selon le Régime Écossais Rectifié », n° 11, 2026, p. 166-168.

Note.

[1] J.-B. Willermoz, leçons de Lyon, n°16, lundi 28 février 1774.