« Tubalcaïn » est le représentant par excellence d’une dangereuse dégénérescence des métiers du feu et des forgerons, il incarne les aspects les plus maléfiques de la métallurgie et de l’Art Royal par une pratique dénuée d’humilité et de soumission vis-à-vis de Dieu : « il forgeait tous les instruments d’airain et de fer. » (Genèse IV, 22).
Il se trouve, si l’on y prête attention, à l’intérieur de ce néfaste chantier, de ce labeur démoniaque et dirigé contre Dieu que fut la tour de Babel, une expression de la plus haute inversion qui soit, celle visant à magnifier la gloire de l’homme comme le sens des paroles des constructeurs de Babel le rend très bien : « Celebramus nomen nostrum antequam dividamur in universas terras / Célébrons notre nom avant de nous disperser à la surface de la terre. » (Genèse XI, 4).
Cet inquiétant « célébrons notre nom » résonne bien sûr comme une ode obscure, un lointain écho à l’antique serpent que l’on retrouve dans l’intention d’ériger un monument dédié à la glorification de l’humanité coupable, expression d’une volonté faustienne, d’un projet constructiviste, où l’on décèle aisément la perceptible trace de « Tubalcaïn », le forgeur de métaux.
Lorsqu’on est averti des éléments symboliques particuliers du Régime Rectifié, on comprend immédiatement pourquoi Jean-Baptiste Willermoz, sur les conseils avisés de l’Agent Inconnu, jugea nécessaire, le 5 mai 1785, par une décision entérinée par la Régence et le Directoire Provincial d’Auvergne, d’écarter le nom de « Tubalcaïn » des rituels rectifiés, en le remplaçant par celui de « Phaleg », reconnu comme le fondateur des « justes et parfaites » Loges.
En effet « Tubalcaïn » fut rejeté des rituels au profit de « Phaleg » par le Directoire Provincial d’Auvergne pour les motifs suivants :
- Tubalcaïn est le fils de Lamech, un bigame.
- Inventeur de l’art de travailler les métaux, il ne peut être attribué aux Apprentis qui viennent justement de les abandonner. Il est l’emblème des vices, notamment sexuels.
- Représentant une lignée antédiluvienne effacée par Dieu, il doit céder le pas à Phaleg, ‘‘fondateur de la seule vraie initiation’’ [1].»
Et il est vrai, « Tubalcaïn » est le représentant par excellence d’une dangereuse dégénérescence des métiers du feu et des forgerons, il incarne les aspects les plus maléfiques de la métallurgie et de l’Art Royal par une pratique dénuée d’humilité et de soumission vis-à-vis de Dieu : « il forgeait tous les instruments d’airain et de fer. » (Genèse IV, 22).
On sera, d’autre part, intéressé d’apprendre que le mot « Thébel » en hébreu, d’où provient « Tubalcaïn », a pour signification « violation de l’ordre », « mélange », « inceste », « union abominable », « confusion », confusion qui est en relation directe avec le livre de la Genèse, en son chapitre onze au verset neuf, où il est fait allusion à la « confusion des langues » qui suivit la destruction de la tour de Babel, traçant une surprenante parenté entre « Caïn », « Tubalcaïn » et « Nemrod », fameux Nemrod qui fut « vaillant chasseur devant l’Éternel », mais qui, surtout : « Régna sur Babel, Erce, Accad et Calné, au pays de Schinear. » (Genèse X, 10). Ce lien avec Babel n’étant pas pour nous étonner, mais conférant cependant une inquiétante continuité entre l’entreprise babélienne et les propres aspirations de « Tubalcaïn ».
Le Phénix Renaissant, « La Tradition éternelle divine ‘‘non-apocryphe’’ selon le Régime Écossais Rectifié », n° 11, 2026, p. 95-98.
Note.
[1] Ms 5868 (73), Bibliothèque municipale de Lyon, Fonds Willermoz.