Les mineurs élus depuis Abel et Énoch sont Noé, Melkisédech, Joseph, Moïse, David, Salomon, Zorobabel et le Messias. Tous ces sujets préposés pour la manifestation de la gloire divine font le nombre complet dénaire spirituel divin, duquel toute chose, tant spirituelle que matérielle, est provenue

      Ce que sous-tend l’épisode de la transmission effectuée entre Melchisédech et Abraham, c’est que Melchisédech appartient en réalité aux « élus de l’Éternel », c’est-à-dire à la lignée primitive qui, depuis les origines des temps à partir d’Adam, ont rendu possible la transmission de l’authentique sacerdoce qui conduira jusqu’à Jésus-Christ, se perpétuant en se tenant à distance de l’idolâtrie, refusant de célébrer des cultes impies, en conservant la « sainte Tradition » dans sa pureté  [1].

      D’après Martinès de Pasqually, qui sur ce point comme en bien d’autres, possède une science d’une grande valeur, et démontre sa grande connaissance des mystères particuliers participant du déroulement séculaire de « l’Histoire Sainte » :

      « Ces mineurs élus depuis Abel et Énoch sont Noé, Melkisédech, Joseph, Moïse, David, Salomon, Zorobabel et le Messias. Tous ces sujets préposés pour la manifestation de la gloire divine font le nombre complet dénaire spirituel divin, duquel toute chose, tant spirituelle que matérielle, est provenue […] vous pourrez vous convaincre de ce que j’ai dit, par l’égalité, la similitude et le rapport des opérations de ces mineurs avec les opérations d’Abel ; ce qui vous fera connaître clairement qu’Abel a fait la véritable figure des opérations du Christ, de même que vous avez vu Kaïn figurer véritablement les opérations du prince des démons. (Traité, § 89).

      C’est d’ailleurs par la séparation qui advint entre Caïn et Abel, qu’apparaît manifeste la distinction en l’homme de matière, de deux pensées, de deux tendances divergentes, le soumettant à la force de deux opérations qui ne peuvent en aucun cas s’harmoniser, car en lutte constante puisque poursuivant des objectifs absolument contraires et antagonistes, au point que l’on peut considérer que coexistent deux « âmes » dans la créature :

      « En effet, Kaïn, par le meurtre de son frère Abel, nous représente clairement la rage des démons, qui ont juré de dissoudre et de détruire toute espèce de création ; et cela, en se servant des hommes eux-mêmes, dans lesquels ils insinuent une multitude de passions matérielles qu’ils savent être conformes à la faiblesse des sens de la vie matérielle et spirituelle, et, par le moyen de ces insinuations, ils opérèrent chez les mineurs des actions opposées les unes aux autres et les entretiennent par là dans la confusion. Aussi voyons-nous qu’il n’y a pas, parmi les hommes de matière, deux pensées, deux actions, deux opérations qui puissent s’accorder. L’acharnement des démons à semer les dissensions parmi les hommes ne tend qu’à leur faire naître des pensées démesurées d’orgueil et d’ambition, afin que ces hommes vivent continuellement dans une discorde spirituelle divine, qui les tienne dans l’ignorance de leur origine corporelle et spirituelle, qu’ils ne connaissent pas le motif et la cause du trouble et des peines auxquelles ils sont condamnés et qu’ils perdent entièrement l’idée du culte qu’ils doivent rendre au Créateur.» (Traité, § 90).

Le Phénix Renaissant, « La Tradition éternelle divine ‘‘non-apocryphe’’ selon le Régime Écossais Rectifié », n° 11, 2026, p. 118-120.

Note.

[1] L’Église, qui célébrait la fête de saint Melchisédech le 25 avril, a toujours insisté sur le caractère de « préfiguration » des prémices de la sainte eucharistie dans les offrandes qui furent présentées par le Roi de Salem à Abraham : « La grandeur de Melchisédech n’est pas seulement d’être la plus parfaite expression de son ordre propre, mais d’être la figure de celui qui sera le grand prêtre éternel et qui offrira le parfait sacrifice. C’est ce que le Psaume CIX, dans un texte d’une importance éminente, annonçait : ‘‘tu es prêtre pour toujours, selon l’ordre de Melchisédech.’’ Le Psalmiste annonçait ainsi qu’à la fin des temps paraîtrait le dernier grand prêtre, celui qui serait grand prêtre pour toujours, parce qu’il épuiserait la réalité du sacerdoce et qu’il ne pourrait plus y en avoir d’autre après lui. […] Paul [dans l’Épître aux Hébreux] semble nous montrer Melchisédech comme surgissant dans le monde ‘‘sans père et sans mère’’. N’en fait-il pas quelque personnage céleste ? En réalité Paul part ici du fait remarquable qu’à la différence des autres personnages de la Bible, dont on nous donne longuement les généalogies, Melchisédech n’est rattaché à aucune race et qu’on ne lui donne aucune descendance. […] Il est prêtre pour toujours, parce que le sacrifice qu’il a offert est acquis pour toujours. Les sacrifices qui étaient offerts jusque là exprimaient l’effort de l’homme pour reconnaître la souveraineté divine. Mais leur effort n’aboutissait pas à cause de la trop grande disproportion entre la fragilité de l’homme et la sainteté de Dieu. […] Ainsi dans l’action sacerdotale de Jésus-Christ, Dieu a été parfaitement glorifié en sorte qu’aucune gloire nouvelle ne peut lui être donnée […] tous les autres sacrifices sont abolis et nous ne pourrons plus désormais offrir au Père que l’unique sacrifice de Jésus-Christ. » (J. Daniélou, Les saints païens de l’Ancien Testament, Seuil, 1956, p. 133-136.)