Depuis le commencement, le vrai culte n’a pas cessé un instant d’être offert parmi les hommes, sur des autels agréables à la divinité. Il y a toujours eu dans les diverses régions de la terre des élus, qui ont présenté à l’Éternel en toute sainteté un encens pur et digne de lui…

La religion première, depuis les origines, repose sur une Parole, un culte et une loi, ces trois éléments étant présents au sein de la longue chaîne qui, d’Adam jusqu’au Christ, a été la détentrice des principes sacrés bénis de l’Éternel, principes qui furent ceux que gardèrent et possédèrent Abel, Seth, Élie, Enoch, Noé, Melchisédech, Josué, Zorobabel et bien d’autres encore.

Ce qui relie ces Justes, outre leur grande fidélité à la parole et à la loi, à l’instant où les peuples s’égaraient dans l’idolâtrie et donnaient libre cours à leurs passions aveuglantes, consistait précisément dans la nature du culte qu’ils célébraient à l’Éternel, remarquable par sa pureté et sa valeur, possédant un mode sacrificiel et expiatoire, toujours en exact rapport avec les différents moments de la « Révélation Divine ».

Extrêmement précis à ce sujet, Jean-Baptiste Willermoz soulignait : « Depuis le commencement, le vrai culte n’a pas cessé un instant d’être offert parmi les hommes, sur des autels agréables à la divinité. Il y a toujours eu dans les diverses régions de la terre des élus, qui ont présenté à l’Éternel en toute sainteté un encens pur et digne de lui, comme vrais représentants de la famille humaine, au nom et en faveur de laquelle ils imploraient la Bonté et la Clémence divine… [1]. »

*

Nous voyons ainsi, dès l’aurore de l’humanité, surgir une « Tradition » qui devait sans-doute posséder une langue, comme en était convaincu le vicomte Louis de Bonald (1754-1840), un proche de Joseph de Maistre, qui supposa même dans ses ouvrages qu’elle fut employée par Dieu lorsqu’il voulu communiquer avec ses créatures, exprimant ainsi les fondements de cette « Révélation primitive » dans un langage également premier ou primitif qui était compris par tous à l’époque.

Se constitueront, à cette période « d’enfance du monde » [2], les bases religieuses et spirituelles préparant et disposant les fils d’Adam à recevoir, le jour venu, la plénitude de la Vérité Divine en la Personne de Jésus-Christ, et c’est à ce moment de l’Histoire, comme le vit très bien le jeune Félicité de La Mennais, que prirent naissance dans l’esprit des peuples, les éléments sacrés, communs aux différentes civilisations, portant sur la croyance en l’existence d’un « Principe » supérieur que l’on connaît, et honore quasiment partout, sous le nom de Dieu, en  la certitude du caractère immortel de l’âme, en la vie éternelle et la conviction, largement partagée, que les êtres ont été victimes d’une Chute les obligeant à présent à vivre sous une forme animale alors même qu’ils furent dotés d’un corps incorruptible avant leur emprisonnement ici-bas dans les filets du monde matériel.

Le Phénix Renaissant, « La Tradition éternelle divine ‘‘non-apocryphe’’ selon le Régime Écossais Rectifié », n° 11, 2026, p. 37 ; 50-51.

Notes.

[1] Cf. Ms 5475 (2),  Bibliothèque municipale de Lyon.

[2] Relevons, à propos de cette expression : « enfance du monde », qui pourrait surprendre certains lecteurs habitués aux thèses situant la perfection dans un âge d’or antédiluvien, que Pierre Poiret (1616-1719), qui identifiait lui aussi sept âges à l’intérieur de l’Histoire Sainte dans son ouvrage : « L’Économie divine » (1687) publié en six volumes traduits en anglais en 1713, attribuera à chacun de ses volumes une «économie» particulière, utilisant, pour ce faire, l’image de la vie d’un homme afin de rendre plus explicite le développement de ses réflexions relatives aux périodes traversées par l’humanité : I. Petite enfance : de la chute jusqu’au déluge ; II. Enfance : du déluge jusqu’à Moïse ; III. Adolescence : de Moïse jusqu’aux prophètes vers l’époque de Salomon ; IV. Jeunesse : du Temple jusqu’à la venue de Jésus-Christ, V ; Âge adulte : le temps béni de la grâce après la venue du Seigneur ; VI. Vieillesse : le moment du déclin de l’humanité consistant en la perte générale de la foi, (les volumes V et VI portent sur la première et la dernière parties de la dispensation chrétienne proprement dite) ; VII. Rénovation de toutes choses : le Millénium qui verra le retour du Christ.