La vraie religion a bien plus de 18 siècles : Elle naquit le jour que naquirent les jours. Remontons à l’origine des choses, et montrons par une filiation incontestable que notre système réunit au dépôt primitif les nouveaux dons du Grand Réparateur…
Le mot « Tradition » ne s’applique pas indistinctement à l’ensemble de l’héritage symbolique ou mythologique de l’humanité. En effet, si dans son sens étymologique courant le mot « tradition » formé des radicaux trans (à travers) et dare (donner), signifie concrètement : « ce qui est donné par transmission » nous amenant à signaler qu’il n’est pas anodin de souligner que l’idée réellement incluse dans les radicaux constitutifs est celle d’un legs, d’une donation, d’une remise d’un dépôt par delà les âges et les générations, sens étymologique ne faisant pas le moins du monde allusion à la nature de ce qui est transmis, l’expression « tradition » désignant positivement une sorte de moyen de faire perdurer, et vivre dans la continuité temporelle, des connaissances sans véritablement décrire et spécifier ce qu’elles sont.
Mais quel est ce mode de réception ? Réponse : c’est l’héritage.
Ainsi, la « Tradition », au sens étymologique, c’est le « legs du plus lointain passé », ou pour le dire plus clairement dans le cas de figure qui nous occupe, la mémoire de la « Tradition » la plus ancienne, c’est-à-dire la « Tradition primitive ».
L’idée de « Tradition primitive », « Tradition mère », ou « Tradition primordiale » si l’on tient à ce terme, est parfaitement admissible et doit être acceptée, puisque se trouvant affirmée chez de très nombreux auteurs et non des moindres, tels, parmi les Pères et docteurs de l’Église, Clément d’Alexandrie († 215) Origène († 254) et saint Augustin († 430), qui font allusion à une « Tradition originelle » qui exista en Éden, placée à la source de toutes les « traditions » ultérieures qui en découlent, idée à laquelle souscrit Bossuet (1627-1704), affirmant : « La religion [est] toujours uniforme, ou plutôt toujours la même depuis l’origine du monde » [1], conception qui constitue d’ailleurs un socle argumentaire déterminant dans la pensée de Joseph de Maistre :
« En général nous tenons compte à l’Antiquité de tous les efforts qu’elle a faits pour s’approcher du vrai ; et en cela nous sommes justes, mais il ne fallait pas se laisser aveugler au point de méconnaître la supériorité que nous a donnée l’Évangile. […] Prouvons que nous ne sommes pas des hommes nouveaux, mais faisons-nous une généalogie claire et digne de nous. Attachons-nous enfin à l’Évangile et laissons là les folies de Memphis. Remontons aux premiers siècles de la Loi sainte. Fouillons l’antiquité ecclésiastique. Interrogeons les Pères l’un après l’autre. Réunissons, confrontons les passages. Prouvons que nous sommes chrétiens. Allons même plus loin : La vraie religion a bien plus de 18 siècles : Elle naquit le jour que naquirent les jours [2]. Remontons à l’origine des choses, et montrons par une filiation incontestable que notre système réunit au dépôt primitif les nouveaux dons du Grand Réparateur [3].»
Le Phénix Renaissant, « La Tradition éternelle divine ‘‘non-apocryphe’’ selon le Régime Écossais Rectifié », n° 11, 2026, p. 17-18.
Notes.
[1] Bossuet, Discours sur l’histoire universelle, IIe partie, (1681).
[2] Ce passage est clairement inspiré de saint Augustin : « La même Religion qu’on appelle maintenant Religion chrétienne était déjà celle des anciens. Elle a conservé son empire depuis nos premiers parents jusqu’à l’avènement du Verbe incarné. La vraie Foi ne porte le nom de Religion Chrétienne que depuis le Christ, mais son existence remonte plus haut. » (S. Augustin, Retract., Livre I, ch. XIII, n°3).
[3] J. de Maistre, Mémoire au duc de Brunswick, 1782.