« On peut supposer, puisque participant d’une identique période temporelle, que l’influence, directe ou indirecte, de la tradition de la spiritualité de la « Présence » divine put s’exercer sur la pensée willermozienne. »

La tradition de la spiritualité de la « Présence » divine va traverser, à partir des temps primitifs, toutes les époques du christianisme, mais prendra un aspect particulièrement marqué entre le XVIIème et le XVIIIème siècle, période où cette thématique va bénéficier d’une importance notable dans les écrits des auteurs spirituels, ce qui nous donne de comprendre une des raisons de l’insistance du Régime Rectifié sur la place de la « Providence » de Dieu dans la vie des âmes, système maçonnique et chevaleresque qui hérite – grâce à Jean-Baptiste Willermoz qui en fut l’artisan infatigable et le principal rédacteur de ses rituels -, du « climat » religieux dominant en ces années dans le catholicisme en France et plus particulièrement à Lyon [1].

Un auteur de sensibilité fénelonienne, Jean-Pierre de Caussade (1675-1751), va à cet égard jouer un rôle majeur dans la diffusion des thèses « providentialistes » au XVIIIème siècle.

C’est de cette sensibilité à laquelle participe d’ailleurs le Chevalier de Ramsay (1686-1743), au croisement du courant quiétiste et de l’illuminisme mystique maçonnique, reçu en 1730 à la « Horn Lodge », et qui, dans son célèbre « Discours » (dont la première version est de 1736, mais qu’il prononce semble-t-il vers 1740 en tant que Grand Orateur de la Grande Loge), rattacha la maçonnerie écossaise aux Ordres médiévaux de chevalerie et aux croisés, faisant appel aux Frères de « bonne volonté » afin de remettre de « l’ordre au sein du chaos » et établir une nouvelle chevalerie initiatique  [2].

Quant à Jean-Pierre de Caussade, par la diffusion de ses « Lettres spirituelles » destinées à des religieuses de l’Ordre de la Visitation de Nancy, et la rédaction – ou plus vraisemblablement l’attribution [3] -, d’un texte qui allait recevoir, plus tard, un immense écho auprès des âmes pieuses : « L’Abandon à la Providence Divine », on peut supposer, puisque participant d’une identique période temporelle, que l’influence, directe ou indirecte, put s’exercer sur la pensée willermozienne.

Notes.

Le Phénix Renaissant, « La Divine Providence, sa ‘‘présence’’ et son ‘‘action’’ dans l’âme selon le Régime Écossais Rectifié », n° 8, 2023, pp. 68-70.

[1] Pour un développement plus étendu sur le sujet, on pourra se reporter à : « Un pieux catholique lyonnais gallican, marqué par l’augustinisme », in J.-M. Vivenza, Martinès de Pasqually et Jean-Baptiste Willermoz, Vie, doctrine et pratiques théurgiques de l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers, Une relation initiatique à l’origine du Régime Écossais Rectifié, Le Mercure Dauphinois, 2020, p. 171-192.

[2] Andrew Michael Ramsay, venant d’une famille calviniste, fut accepté en France par le Régent Philippe d’Orléans (1674-1723) dans l’Ordre de Saint-Lazare. Voyageant aux Pays-Bas, il rentra en contact avec les milieux théosophiques, puis se rendit en 1707 à Cambrai où il se mit au service de Fénelon (1651-1715), dont il devint l’ami et le secrétaire, se convertissant à son contact au catholicisme.  Vers la fin de 1713, Ramsay rejoignit Madame Guyon (1648-1717) à Blois, s’installant dans une habitation située à proximité de celle qui regroupait alors autour d’elle un petit cénacle de disciples provenant de nombreuses contrées en Europe, dont de nombreux réformés, venus quérir les enseignements de l’animatrice de la voie de « l’oraison de pure passivité », Ramsay proposant même à Madame Guyon, dès l’année suivante, en 1714, ses services afin de d’être son secrétaire.

[3] Il semble que « L’Abandon à la Providence divine » ne soit pas directement de la plume de Jean-Pierre de Caussade, puisque ce texte, rédigé probablement dans la première moitié du XVIIIe siècle, fut d’abord lu et copié dans l’entourage de Madame Guyon à Blois, entourage dont participa le Chevalier de Ramsay, et introduit ensuite chez les Visitandines de Nancy, dont Caussade devint le père spirituel.