Dès l’origine il n’y a pas une « Tradition », mais deux, deux « Traditions » ce qui signifie deux « cultes », deux « religions », deux visions, deux aspirations et deux « spiritualités », l’une naturelle reposant uniquement sur l’homme, l’autre surnaturelle plaçant toutes ses espérances en Dieu seul et en sa Divine Providence.

 

La première « Révélation », non écrite, qui fut l’objet de la communication par Dieu aux Patriarches les pères de l’humanité, de ses enseignements et de ses lois après l’expulsion de l’Éden d’Adam et d’Ève, devint le fondement d’une « Tradition primitive » que l’on peut à bon droit nommer « primordiale », ou « Tradition Mère » selon Louis-Claude de Saint-Martin [1], mais il importe cependant de souligner que cette « Tradition » se divisa quasi immédiatement, et ce dès l’épisode rapporté par le livre de la Genèse, lors de la séparation qui adviendra entre le culte faux de Caïn et celui, béni de l’Éternel, célébré par Abel le juste.

Le culte de Caïn, était en effet, uniquement basé sur la religion naturelle, en tant que simple offrande de louange dépourvue de tout aspect sacrificiel, alors que le culte d’Abel, qui savait que depuis le péché originel il n’était plus possible, ni surtout permis, de reproduire la forme antérieure qu’avaient les célébrations édéniques, donna à son offrande un caractère expiatoire qui fut accepté et agréé par Dieu, constituant le fondement de la « Vraie Religion », la religion surnaturelle et sainte.

 Le premier point à immédiatement assimiler, porte donc sur le fait que dès l’origine il n’y a pas une « Tradition », mais deux, deux « Traditions » ce qui signifie deux « cultes », deux « religions », deux visions, deux aspirations et deux « spiritualités », l’une naturelle reposant uniquement sur l’homme, l’autre surnaturelle plaçant toutes ses espérances en Dieu seul et en sa Divine Providence.

De la sorte les deux cultes de Caïn et Abel vont donner naissance, dès l’aurore de l’Histoire des hommes, à deux « traditions » également anciennes ou « primordiales » si l’on tient à ce terme, mais absolument non équivalentes du point de vue spirituel. Si l’on en reste au simple critère temporel sur le plan de la conception de la « Tradition », sans distinguer et mettre en lumière le critère surnaturel, alors il est effectivement possible d’assembler, sous une fausse unité, ces deux sources pour en faire les éléments communs d’une univoque et monolithique « Tradition » indifférenciée, se trouvant à l’origine de toutes les religions du monde, égales en ancienneté et « dignité », puisque issues d’une semblable souche méritant le même respect et recevant le même caractère de sacralité.

Le Phénix Renaissant, « La Tradition éternelle divine ‘‘non-apocryphe’’ selon le Régime Écossais Rectifié », n° 11, 2026, p. 56-59.

Note.

[1] « Les religions fausses ont également eu besoin d’un noyau primitif qui les ait engendrées et d’une voie sensible et manifeste par laquelle elles aient fait leur propre révélation, sans quoi elles ne seraient pas plus connues que les religions vraies. Voilà pourquoi on ne peut rien connaître de positif et de certain ni dans l’un ni dans l’autre genre, si l’on ne remonte pas jusqu’à la source radicale de la révélation de toutes ces institutions […] De là il résulte donc que, puisque parmi toutes les religions, la véritable a dû, comme tout ce qui existe, faire directement sa propre révélation et doit démontrer son authentique et essentielle réalité, en s’expliquant elle-même lumineusement, en s’appliquant positivement et efficacement à la maladie radicale de l’homme et en se prouvant, par le fait et par son opération active et curative, dans l’âme et dans l’esprit de tous les hommes qui voudront s’étudier avec attention, sans ménagement et sans réserve » (L.-C. de Saint-Martin, De l’esprit des choses, t. I, « Traditions-mères ».)