Nous sommes les lointains héritiers, à divers titres, de ce courant invisible présent depuis des siècles au sein du christianisme, et ce dans l’acception de sa vocation johannique, silencieuse, discrète et réservée, qui, de par sa secrète et intérieure présence, est en sympathie avec les multiples tendances prônant une relation directe immédiate et intraduisible entre l’homme et Dieu.
C’est en nous mettant à l’école des maîtres de l’esprit, guides secourables, que nous sommes en mesure d’établir les distinctions nécessaires et les discernements indispensables à une juste résolution de la question portant sur la nature de notre éventuel rattachement à la « Tradition » première et originelle, en évitant les graves confusions qui ont pu perdurer et prospérer dans le milieu initiatique [1].
C’est également instruits par les leçons magistrales léguées par les hautes figures de l’ésotérisme chrétien, que nous sommes en mesure de percevoir ce que cette « Tradition » est devenue au cours de l’Histoire, travaillant, grâce aux bienfaisantes lumières délivrées particulièrement par le Traité sur la réintégration de Martinès de Pasqually qui, dans ce domaine, fut celui qui dispensa, à l’évidence, les enseignements les plus précieux, que nous serons aussi capables de traverser les différentes périodes des siècles passés et d’y déceler la trace de la « Divine Providence », afin de nous rattacher à cette source sainte, et rejeter, vigoureusement autant que faire se peut, les restes corrompus résultant de l’antique insoumission dont, hélas, la terrible présence se fait nettement sentir dans toutes les œuvres et entreprises humaines non consacrées à la glorification du « Nom » de l’Éternel.
Il convient tout d’abord de bien comprendre que Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin, Jean-Baptiste Willermoz, Nicolas Antoine Kirchberger (1739-1799), Karl von Eckhartshausen (1752-1803), et bien d’autres encore, sont les lointains héritiers, à divers titres, de ce courant invisible présent depuis des siècles au sein du christianisme, et ce dans l’acception de sa vocation johannique, silencieuse, discrète et réservée, qui, de par sa secrète et intérieure présence, est en sympathie avec les multiples tendances prônant une relation directe, un cœur à cœur immédiat et intraduisible entre l’homme et Dieu, cœur à cœur que l’on peut définir, sans forcer les règles de la rigueur terminologique, comme étant de nature « ésotérique », c’est-à-dire voilé, inconnu du plus grand nombre.
Comme le rappelait justement sur ce point Antoine Faivre (1934-2021) : « L’illuminisme du XVIIIe siècle, cela signifie l’ésotérisme de cette époque ; le premier mot était couramment employé alors. Nous retrouverons ainsi les concepts ayant permis de définir tout ésotérisme. D’abord, à quelques exceptions près, cet ésotérisme est chrétien mais ne se trouve lié à aucune Église… [2].»
La raison en est que l’Église à laquelle se rattachent les « illuminés », est celle « invisible », « intemporelle » et céleste, qui n’a point une forme instituée, conservant la « Tradition » non écrite provenant de l’enseignement réservé. Ce que saint Augustin, évoque et résume de cette façon : « Il y a beaucoup de choses auxquelles l’Église est fermement attachée et que l’on est autorisé, par conséquent, à regarder comme ordonnées par les Apôtres, bien qu’elles ne nous aient pas été transmises par écrit [3]. »
Le Phénix Renaissant, « La Tradition éternelle divine ‘‘non-apocryphe’’ selon le Régime Écossais Rectifié », n° 11, 2026, p. 53-56.
Notes.
[1] La confusion ou l’indistinction des temps des Patriarches de la Loi et de la Grâce, ou des « économies » pour employer le vocabulaire théologique, a été la source de beaucoup d’erreurs au cours des âges et, à cet égard, l’idée de Jean Tourniac (1919-1995) inspirée par les vues faussées de René Guénon (1886-1951), c’est-à-dire d’un attachement à une sorte d’immobilisme ou « statisme religieux » ne percevant à travers le temps que le déploiement d’une seule relation, et donc ne voyant pas le sens propre que représente la succession des Alliances, ce qui a pour conséquence de soumettre les hommes d’aujourd’hui à des impératifs dépassés relatifs à l’économie mosaïque, est l’une des plus significative méprise et impasse spirituelle radicale pour un chrétien. Elle a eu pour conséquence, en invitant sous prétexte d’initiation à invoquer un « Nom divin » en relation à une période antérieure, à fonder l’espérance initiatique de « réalisation » dans une pratique qui retranchait, concrètement, des fruits spécifiques dispensés par l’ère de « Grâce » qui est placée sous l’autorité du seul Nom de Jésus-Christ.
[2] A. Faivre, L’ésotérisme au XVIIIe siècle, La Table d’émeraude, 1973, p. 31.
[3] S. Augustin, De Bapt. V, 23-31.